Histoire de la Chine Traditionnelle

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I – La préhistoire, la dynastie Xia et la dynastie Shang-Yin
II- La dynastie Zhou, la dynastie Qin, la dynastie Han et les barbares (1122 – 589 après J.C.)
III – La dynastie Sui, la dynastie Tang, la dynastie Song, la dynastie Yuan et la dynastie Ming
IV – La dérive vers des mains étrangères

 

iV La dérive vers des mains étrangères

Les puissances européennes (Anglais, Hollandais et Espagnols) eurent accès au marché chinois, via l’installation d’une base à Guangzhou (Canton). Une association, du nom de Cohong, détenait le monopole de toutes les opérations commerciales. Elle servait également d’intermédiaire dans les négociations entre la Chine et les étrangers afin de maintenir ces derniers à distance du centre politique, Pékin (Beijing). Le commerce fut prospère sous les auspices de Cohong, essentiellement au profit de la Chine. Les achats britanniques de thés, de soieries et de porcelaines dépassaient de beaucoup en valeur les achats de laine et d’épices effectués par les chinois. En 1773, les Britanniques décidèrent d’équilibrer leur balance commerciale en vendant de l’opium. Malgré les édits impériaux contre l’importation et l’usage de drogues, le nombre d’opiomanes ne cessa de grimper, tout comme les ventes. Après bien des hésitations du gouvernement impérial, en mars 1839, Lin Zexu, un fonctionnaire réputé pour sa grande intégrité, fut envoyé a Guangzhou pour mettre définitivement un terme à ce trafic illégal. Il agit rapidement et obtint la saisie de 20 000 caisses d’opium stockées à Guangzhou par les Britanniques.

Les partisans de la guerre au sein du gouvernement britannique en firent un prétexte pour lancer une action militaire contre la Chine. En 1840, les forces navales britanniques se rassemblèrent à Macao et remontèrent la côte jusqu’à l’embouchure du Haihe (Beihe), non loin de Pékin (Beijing). La « guerre de l’Opium » avait commencé. Pour les Chinois, les conflits centrés sur le commerce de l’opium se soldèrent par un fiasco du début à la fin. Tandis que la cour impériale cherchait à se débarrasser des forces britanniques par un traité que les deux parties finiraient par ne pas reconnaître, les Anglais finirent par attaquer les positions chinoises à proximité de Guangzhou. Il en résulta un traité qui concédait aux Britanniques la ville de Hong Kong, six millions de yuan d’indemnités et la totale reprise du commerce. Furieux, l’empereur Qing refusa de reconnaître cet accord et, en 1841, les troupes britanniques firent à nouveau voile le long de la côte pour s’emparer du Fujian et de l’est du Zhejiang. Ils s’y installèrent pour passer l’hiver et, au printemps de 1842, après avoir reçu des renforts de troupes, ils remontèrent le Yangzi. Lorsqu’ils virent les canons britanniques braqués vers Nanjing, les Qing renoncèrent à combattre et signèrent à contrecoeur l’humiliant traité de Nankin.

Les Taiping : De 1851 à 1864, Hong Xiuquan, prêchant une ère nouvelle et la révolution contre les Mandchous, va réussir à se maintenir dans toute la Chine centrale. La répression fera vingt millions de morts. Hong Xiuquan était un visionnaire, né dans une famille Hakka, un immigrant de l’intérieur, avec qui on ne fraye pas. Il a fréquenté la mission protestante du Guangxi. Ayant du renoncer à une carrière mandarinale, désireux de faire de grandes choses, il cherche a établir un Royaume de Justice et de Paix. La Paix avec une majuscule, c’est, en chinois, Taiping. Un pareil royaume ne vient que par la volonté et la protection du Ciel. C’est, en chinois, Tianguo. D’où l’appellation du rêve de Hong Xiuquan : le Taiping Tianguo. Les riches et les mandarins seront contraints d’abandonner au peuple qui les cultivent les terres dont ils sont, eux, les propriétaires. Tout sera mis en commun : on répartira la pauvreté. Le désintéressement et l’austérité, qui sont une nécessité, se tourneront, en raison de la générosité des pauvres, en enthousiasme révolutionnaire. C’est bien ce que l’on vit. Fanatisées par Hong Xiuquan, les hordes paysannes armées s’emparent du Sud. Elles sont devant Nankin en mars 1853, qu’elles occupent et prennent pour capitale. Remontant vers le Nord et Pékin (Beijing), elles atteignent Tianjin (Tientsin) à trois jours de marche de la capitale du Nord. Le manque d’approvisionnement et le froid sauvent la Cour terrorisée, terrée dans le Palais.

Les Taiping faiblissent à leur tour, les provinces s’organisent en autodefense. Zeng Guofan, général, lettré de grand renom, relève les courages et sauve la dynastie. Les Occidentaux, menacés dans leurs vies, leurs biens et leurs intérêts, font cause commune avec les Impériaux. Le général Gordon s’illustre dans cette occasion. Les Occidentaux petit à petit contrôlent les affaires internes chinoises, comme dans un pays conquis, alors que les Chinois espèrent bien reprendre, peu a peu, les concessions que leur faiblesse leur a fait consentir par le traité de Nankin de 1842. L’opium entre toujours et en quantité accrue. Les autorités sont impuissantes et la corruption progresse. Les incidents se multiplient. Anglais et Francais montent une expédition commune. Canton (Guangzhou) , puis Tientsin sont occupés. Ils réussissent là où Hong Xiuquan et ses gens avaient échoué. C’est le sac du Palais d’été, le Yuanmingyuan. Palais de style baroque, déssiné par les jésuites, construit sous Kangxi, à ne pas confondre avec le (Nouveau) Palais d’été, élevé non loin, le Wanshoushan. Le traité signé à Nankin était un échec grave, mais la Convention signée à Pékin (Beijing) était une catastrophe. La Chine, cette fois, s’ouvrait : onze nouveaux ports étaient onze nouveaux accès pour les commercants d’Europe, pour les ambassadeurs ou agents consulaires qui y résideraient en permanence, pour les missionnaires. Mieux même , la Chine créait un ministre des Relations extérieures (Waijiaobu). Il traiterait d’une manière officielle avec les Puissances.

Les Boxeurs : Du 10 juin au 21 septembre 1898, ce fut une période des Cent Jours ou des Cent Fleurs comme on voudra. L’Impératrice douairière, plus souveraine que jamais, réagit violemment. Toutes les Réformes sont abrogées, le Maréchal Yuan Shikai arrête les réformateurs les plus en vue et en exécute quelques-uns. Le pays était parcouru par des bandes armées qui se donnaient le beau nom de Force (poing) de Justice et de Concorde. Ils sont passés dans l’histoire européenne avec le nom de Boxeurs et rappellent les Taiping. Sont-ils simplement xénophobes, sont-ils antimandchous ou simplement des fanatiques, disponibles pour quelque grande entreprise ? La Cour paie et arme ces bras de justice, les lance contre les étrangers et les chrétiens chinois. En juin 1900, ils font une attaque générale sur Tientsin (Tianjin), Pékin (Beijing) et à travers tout le pays. Les délégations étrangères, qui occupaient une section au sud de la ville tartare, sont assiégées durant 65 jours. Une expédition internationale les secourt. La Cour s’enfuit de Pékin (Beijing), elle n’y revient qu’en 1902. La Chine est livrée aux puissances étrangères. La jeunesse chinoise a vu l’errance de la Cour et le Triomphe insolent des Européens sur les Boxeurs. Elle se tourne vers l’Occident et en copie les modes. En 1911, c’en étaient fini du long cycle des dynasties…