Histoire de la Chine Traditionnelle

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I – La préhistoire, la dynastie Xia et la dynastie Shang-Yin
II- La dynastie Zhou, la dynastie Qin, la dynastie Han et les barbares (1122 – 589 après J.C.)
III – La dynastie Sui, la dynastie Tang, la dynastie Song, la dynastie Yuan et la dynastie Ming
IV – La dérive vers des mains étrangères

 

III – La dynastie Sui, la dynastie Tang, la dynastie Song, la dynastie Yuan et la dynastie Ming (589 – 1644)

La dynastie Sui : (589 – 618)

A la fin du VIème siècle, un général unifie la Chine et fonde la dynastie des Sui dont la destinée évoque celle de la dynastie des Qin (221 – 207 av.J.C.) : même conquête guerrière, même poigne d’autocrates intransigeants, gigantesques travaux d’aménagements de la Grande Muraille et des grands canaux qui relient le Nord au Sud, même fin rapide et tragique pour laisser la place à la dynastie Tang, généralement considérée par les Chinois comme la période la plus glorieuse de leur histoire.

La dynastie Tang : (618 – 907)

La prise du pouvoir par Gaozu (618 – 626) ne s’effectua pas sans heurts. Les Tang établirent une administration pyramidale chapeautée par l’empereur avec, sous ses ordres, deux ministres chargés des affaires politiques, l’équivalent d’un ministre de l’intérieur, neuf cours et six ministères chargés de régions administratives spécifiques. Pour décourager le développement de pouvoirs régionaux, l’empire fut divisé en 300 préfectures (zhou) et 1 500 districts (xian), un découpage qui subsiste aujourd’hui. Le règne du fils de Gaozu, Taizong (626-649) vit se poursuivre les succès. Les conquêtes militaires autorisèrent le rétablissement du contrôle chinois sur les routes de la soie et contribuèrent à un afflux de marchands. Il en résulta une « internationalisation » sans précédent de la société chinoise. Les principales villes de Chang’an, Luoyang et Guangzhou (autrefois appelée Canton), ainsi que bien d’autres cités marchandes, accueillirent des communautés étrangères. Originaires pour la plupart d’Asie centrale, ces dernières introduisirent de nouvelles religions ainsi que d’autres traditions culinaires, musicales et artistiques. Par la suite, la dynastie Tang développa ses contacts étrangers avec la Perse, l’Inde, la Malaisie, l’Indonésie et le Japon. Au IXème siècle, la population étrangère de la ville de Guangzhou (Canton) était estimée à cent mille personnes.

La dynastie Tang constitue aussi l’âge d’or du bouddhisme. Des pèlerins chinois, notamment le célèbre moine errant Xuan Zang, se rendirent en Inde d’où ils rapportèrent des copies de textes bouddhiques, lesquelles contribuèrent à leur tour au renouveau de cette religion. La traduction des textes s’était jusque-là contentée de siniser les difficultés conceptuelles de la pensée bouddhiste. Elle fut cette fois soumise à une plus grande rigueur. Les textes bouddhiques traduits en chinois furent de plus en plus nombreux. Un schisme dans la foi bouddhique s’ensuivit. En réaction à la complexité de nombreux textes bouddhiques traduits du sanscrit, l’école Chan (plus connue sous son nom japonais de Zen), vit le jour. Le Chan visait à éliminer les complexités de l’étude de l’écriture par la discipline et la méditation alors qu’une autre tendance bouddhiste, l’école de la « Terre pure » (qui deviendrait la forme la plus importante de bouddhisme chinois) cherchait a atteindre le « paradis de l’Ouest ». La période la plus prestigieuse de la dynastie Tang fut, pour les Chinois, le règne de Xuanzong (712-756), également connu sous le nom de Minghuang ou Empereur Rayonnant.

Avec une population de plus d’un million d’habitants, sa capitale, Chang’an, était l’une des plus grandes villes du monde. Sa cour attirait des savants et des artistes venus de tout le pays et accueillit quelque temps Du Fu et Li Dai, probablement les deux plus célèbres poètes de Chine. Son règne fut caractérisé par un épanouissement des arts, de la danse et de la musique ainsi que par une extraordinaire diversité religieuse. Pour certains, toutefois, toutes ces activités artistiques ne pouvaient être que le signe d’un certain amollissement au cœur de l’empire. L’intérêt croissant de Xuanzong pour les arts, pour le bouddhisme tantrique, pour le taoïsme, pour l’une de ses concubines, Yang Guifei, et pour tout ce qui captivait son imagination, le détournait de la gestion de l’État, confiée à ses administrateurs. An Lushun, un général en poste au Nord-Est, en profita pour renforcer son pouvoir dans cette région et partit à la conquête du reste de la Chine en 755. Les affrontements, qui durèrent près de dix ans, se soldèrent par la destruction de la capitale et des déplacements de population massifs et firent des millions de victimes. Les Tang réussirent a reprendre la maîtrise de l’empire, mais la fin de leur dynastie était proche. Aux VIIIème et IXème siècles, le pouvoir des Tang ne cessa de s’affaiblir. La rébellion endémique amena leur chute en 907.

De 907 a 960, jusqu’à l’arrivée de la dynastie des Song, la Chine fut à nouveau ravagée par les guerres entre les différents prétendants au mandat du ciel. On fait communément référence à cette époque sous le nom de période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes.

La dynastie Song : (960 – 1279)

La période Song se divise généralement entre Song du Nord (960-1126) et Song du Sud (1127-1279). La raison de cette division tient à la dynastie Jurchen des Jin, qui prit le contrôle du Nord en 1126 et obligea les Song a déplacer leur capitale de Kaifeng à Hangzhou, dans le Sud. Malgré la menace continuelle représentée par d’importantes armées aux frontières (le royaume tibetain / tangut de Xia, la dynastie Kitan des Liao et la dynastie Jurchen des Jin), les Song se sont illustrés par une forte centralisation politique, un renouveau de l’érudition confucéenne, un retour au système des examens qui favorisèrent l’essor d’une bureaucratie dominée par les civils et une révolution commerciale. L’expansion économique de la période Song tient pour une large part aux progrès considérables réalisés dans l’agriculture. L’exploitation de nouvelles terres, l’utilisation de variétés de riz plus productives ainsi que le perfectionnement des outils et des techniques agricoles favorisèrent ce développement. Parallèlement, l’amélioration des voies de communication, l’émergence d’une classe de marchands et l’introduction du papier monnaie facilitèrent le développement de plus vastes marches. Cette révolution commerciale permit la croissance d’un plus grands nombres de centres urbains approvisionnés par un flux de denrée provenant de tout le pays. Lorsque Marco Polo arriva en Chine, au XIIIème siècle, il découvrit de très nombreuses cités prospères, bien plus qu’il n’avait l’habitude d’en voir en Europe. Pour les historiens, la dynastie Song marque le tournant dans le développement d’une civilisation urbaine. En 1279, le petit fils de Gengis Khan, Kubilai Khan, s’empara de la Chine du Sud et fonda la dynastie Yuan.

La conquête Mongole ou la dynastie Yuan : (1277 – 1368)

Les maîtres de la Chine sont aussi maîtres à Bagdad, à Budapest, à Novgorod. Beijing (Pékin) ou Guangzhou (Canton) ne sont que les points les plus extrêmes de leurs possessions. Les mouvements des tribus et les déplacements de troupes servent de conducteur pour un échange d’individus et d’idées, d’influences ou se fondent tous les arts de la vie. Sous les Yuan arrivent en Chine de petits partis de voyageurs. Les plus célèbres sont des commerçants vénitiens, Niccole et Matteo Polo, puis le neveu Marco, qui y séjourna une vingtaine d’années, amassant une fortune colossale, en rapportant des souvenirs éblouis. Il y aura aussi des envoyés du pape ou du roi de France Louis XI, les premiers missionnaires, franciscains et la création de l’archevêché de Cambalik (Beijing). les relations étaient officiellement prises avec des Mongols que les Occidentaux ne distinguaient pas des Chinois ; elles s’interrompirent brutalement quand la révolte nationale chinoise chassa les Yuan. Peu de temps après, en Europe, ce fut la Renaissance. Nombre de techniques nouvelles, telles l’imprimerie (connue en Chine sous les Song), les poudres à feu, la boussole, la monnaie de papier… autant d’éléments qui bouleversèrent la société et les idées en Europe, avaient leurs ancêtres à l’autre extrémité du Continent. La chute des Yuan fut l’aboutissement de la reconquête de la Chine à partir du Sud, en remontant vers le Nord. En 1368, les anciennes capitales impériales, Kaifeng, Luoyang puis Beijing (Pékin), la capitale mongole, sont reprises et la dynastie Ming instaurée.

La dynastie Ming : (1368 -1644)

L’époque des Ming est mieux connue en Occident que bien d’autres par ses magnifiques porcelaines « bleu et blanc », vases décorés de dragons, coupes a pied ornées de fins chrysanthèmes. Une cargaison de ces « bleu et blanc » arriva vers 1600 en Hollande où elle fit sensation et servit de modèle aux faïenciers de Delft. Des céramiques, des laques, de somptueux vêtements d’apparat tissés aussi fins que les travaux de l’araignée, des peintures, forment le fonds chinois dans la plupart des musées occidentaux. Une robe de soie a été retrouvée près de Changsha (capitale du Hunan) dans le trousseau funéraire de la marquise de Tai. Elle pèse 43 grammes. C’est cela l’art chinois : une technique qui épuise les possibilités de la matière, l’inspiration qui recompose la nature, une subtilité, une délicatesse, la précision d’où sortent de grands effets.

Un grand écrivain moderne et l’une des victimes de la Révolution culturelle, le romancier Lao She, le dit ainsi : « Un apprenti n’apprend pas seulement un métier : il apprend aussi la discipline. Quand il arrive dans un atelier pour la première fois, c’est le règne de la terreur et des brimades. On le fait se coucher tard et se lever tôt; il doit obéir aux ordres et aux injonctions de tout le monde, se montrer un serviteur parfaitement docile et supporter de gaieté de cœur tous les malheurs qui lui arrivent : la faim comme le froid, la souffrance comme la fatigue, et le tout en ravalant ses larmes… Ce qui comptait avant tout, c’était de pouvoir tenir bon jusqu’au bout, et ça il n’y avait eu que l’apprentissage pour me l’enseigner et m’y préparer ! Du point de vue professionnel, j’ai même l’impression de n’avoir pas du tout perdu mon temps pendant les trois années que j’ai passées comme apprenti… Nous savions reproduire avec une fidélité parfaite n’importe quoi. Par exemple, pour un enterrement, on pouvait nous demander de préparer tout un banquet, nous étions capables de confectionner en papier tous les plats correspondants, aussi bien du poulet et du canard que du poisson et de la viande. Lorsqu’il arrivait qu’une jeune fille meure dans sa famille, sans être encore mariée, on nous demandait de faire tout un trousseau ; qu’il y est alors quarante-huit porteurs ou trente-deux, nous faisions toujours en sorte qu’il n’y manque rien, depuis le poudrier et le flacon de cosmétique jusqu’à la garde-robe et la psyché. Notre savoir-faire a nous était de pouvoir tout copier au premier coup d’oil. (Lao She, Histoire de ma vie, dans Gens de Pékin).

L’époque Ming est le temps des relations commerciales organisées : les Portugais arrivent en Chine dans les débuts du XVIème siècle et s’installent à Macao en 1557. Une dizaine d’années plus tard, parait en Europe le premier ouvrage consacré à la Chine des Ming. Durant ce XVIème siècle, les Portugais puis les Espagnols sont nombreux dans les îles des Mers du Sud (Moluques, Philippines, Java). En 1600, un jésuite, Matteo Ricci, entre à Pékin (Beijing). En 1624, les Hollandais, à Taïwan, se heurtent au célèbre rebelle et pirate anti-mandchou Coxinga, mais ils dominent l’Insulinde et la Malaisie de toute leur puissance navale. Cependant, pour les Ming, l’ennemi sur mer, ce sont les pirates japonais qui pillent les côtes. Tandis que se renforce la présence des étrangers, la Chine connait une belle floraison littéraire. Essor des contes, du théâtre, des grands romans : Le Voyage en Occident Xiyonji, vers 1570, le Jinpingmei (Fleur de prunier dans un vase d’or), étude de moeurs, vers 1619 (trad. Pléiade). Ils annoncent la littérature moderne. Une famine dans la province du Shaanxi et le désintérêt du gouvernement mirent le feu aux poudres. Une importante rébellion paysanne précipita la fin des Ming.

La dynastie Qing (1644 – 1911)

Profitant des troubles qui agitaient la Chine, les Mandchous lancèrent une expédition. Repoussés d’abord par la grande Muraille, ils parvinrent finalement à la franchir grâce à la complicité d’un général Ming, qui voyait dans une alliance avec les Mandchous le seul espoir de vaincre la rébellion paysanne qui menaçait Pékin (Beijing). Les Mandchous infligèrent rapidement une défaite aux rebelles paysans et, en juin 1644, firent route vers la capitale Ming dont ils s’emparèrent. Le règne des premiers empereurs Qing (de 1662 – 1796) fut une période de grande prospérité. Le trône fut occupé par trois des plus grands empereurs que la Chine est connus : Kangxi, Yongcheng et Qianlong. Les Qing étendirent leur empire bien au delà des frontières, qu’il connaissait sous la dynastie Han, jusqu’à englober la Mongolie et le Tibet. Les paysans bénéficièrent largement de la réduction des impôts ainsi que des projets de contrôle des inondations et du développement de l’irrigation. L’exceptionnelle compétence des trois premiers empereurs eut toutefois pour inconvénient d’entraîner une concentration du pouvoir entre leurs mains, responsabilité qu’aucun de leurs successeurs n’étaient de taille a assumer. A l’image des Mongols, les dirigeants mandchous succombèrent bientôt à l’influence des Chinois. Ils se rapprochèrent d’eux sur le plan culturel et calquèrent leur gouvernement sur celui de la dynastie Ming. C’est ainsi que l’on retrouva chez les Qing l’isolationnisme et le conservatisme intellectuel des Ming. La Chine continua d’être une nation repliée sur elle-même, indifférente aux révolutions technologiques et scientifiques qui s’opéraient en Europe.